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Un été tellement 1995.

  • Photo du rédacteur: Benjamin Bertrand
    Benjamin Bertrand
  • 16 sept. 2025
  • 8 min de lecture

Un jour, tu vis ton tout premier festival et tes premiers concerts. Un battement de cil plus tard, tu réalises que c'était il y a 30 ans.



Dans les dernières semaines, j'ai pu replonger dans mes premiers émois musicaux, mes premiers souvenirs de concerts et notamment l'édition 1995 des Eurockéennes de Belfort, un des plus grands festivals en France. Quand je repense aux artistes présents cette année-là, ca donne presque le tournis. Page et Plant (la moitié de Led Zeppelin), The Cure (et sa cohorte de fans sosies de Robert Smith), Blur, Silverchair (manqués à cause du train arrivé en retard, mais je me suis rattrapé 2 ans plus tard pour les Australiens). Mais c'est surtout Ben Harper, Oasis et évidemment Jeff Buckley que je venais voir. Et coïncidence de la vie, ces 3 artistes ont recroisé ma route au cours de l'été. Pas vraiment des retrouvailles car je n'ai jamais perdu leur trace, au contraire. Mais plutôt un clin d'œil de la vie à ce feu, cette passion qui m'anime depuis si longtemps.


Ben Harper - dimanche 9 juillet 1995
Ben Harper - dimanche 9 juillet 1995

En 1995 donc, chaque concert était pour moi une nouvelle expérience, une découverte, une immersion en terre inconnue. Un vertige qui allait vite devenir une addiction. Quand Ben Harper, avec sa voix profonde et ses guitares pleines de soul, monte ce dimanche 9 juillet sur la scène du chapiteau des Eurocks, il est attendu. C'est l'après-midi mais la foule est présente, massée sous ce dôme de chaleur. Harper ne fait rien pour faire baisser la température. Il ne quitte pas sa guitare slide, posée sur ses genoux. Un set plus électrique que ses 2 albums parus à l'époque. C'est lourd, brulant et habité. Je ne le comprendrais que plus tard mais ce chemin plus électrique traçait la voie pour son troisième album, le magnifique The Will To Live. Un chef-d'œuvre que je qualifie souvent de OK Computer de Ben Harper, tant il y est en équilibre permanent et maitrisé, sur le fil de ses diverses influences.


Depuis ce set incendiaire, j'ai eu l'occasion de revoir Ben Harper plusieurs fois en concert que ce soit en France ou à Montréal. La dernière fois, c'était déjà à la Place des Arts avec l'harmoniciste Charlie Musselwhite. Quand la nouvelle de son concert du 2 juillet dernier dans le cadre du Festival de Jazz de Montréal est tombée, il ne fallait pas réfléchir trop longtemps car les places allaient partir vite. Ce soir-là, l'Américain se présente en solo entouré d'une nuée de guitares. Alors que son répertoire compte bon nombre d'albums studios, il décide de ravir ses fans de la première heure avec beaucoup de titres des années 90. Des classiques comme Power of the gospel, Give a man a home ou encore Walk away. Il est visiblement ému et heureux d'être à Montréal et ca se voit. Clin d'œil à l'histoire, il fera aussi une reprise éblouissante de Hallelujah de Leonard Cohen (illustre Montréalais), non sans parler aussi de la reprise (encore plus populaire que l'originale) de son ami Jeff Buckley.


Ben Harper - 2 juillet 2025
Ben Harper - 2 juillet 2025

Les 2 auteurs-compositeurs-interprètes se sont souvent croisés pendant la tournée des festivals en 1995, en Europe notamment, et se sont tout de suite bien entendus. Ils partagent d'ailleurs l'affiche à Belfort en jouant ce même dimanche 9 juillet 1995. Harper et Buckley ont ce sens de l'abandon en concert, un certain lâcher-prise qui n'a jamais vraiment quitté Ben Harper, sur scène du moins. En témoigne la qualité de son rappel à Montréal avec des titres très poignants comme Excuse me Mr ou The woman in you, magnifiquement revisité dans cette version solo. Le final avec Waiting on an angel est si puissant que le temps et le public semblent suspendus. La foule se lève et remercie chaleureusement Ben Harper pour ces 2 heures riches en émotions et en belles histoires.



Au moment ou Ben Harper se produit à Montréal, la nouvelle d'un film sur Jeff Buckley devient plus qu'une rumeur. La sortie du documentaire est officialisée pour le 8 aout. Inutile de vous dire que votre serviteur est excité comme un acarien au salon de la moquette. Cette actualité sur Buckley me replonge inévitablement dans cette soirée du dimanche 9 juillet 1995, quelques heures après le concert de Ben Harper. Je pourrais vous parler d'un concert incandescent, pendant lequel Buckley avait offert une performance presque mystique au public de Belfort. Mais finalement, pour savoir tout le bien que je pense de lui, je vous renvoie vers le tout premier article paru sur ce blog à lire ici : https://bbertrand76.wixsite.com/planb/post/jeff-buckley-grace Pour mieux vous parler du fabuleux documentaire ''It's Never Over, Jeff Buckley'' réalisé par Amy Berg. Cette dernière, nominée aux Oscars et aux Grammys, est une grande fan de Buckley depuis longtemps. Elle cherchait le meilleur moyen de lui rendre hommage. Un biopic a d'abord été envisagé. Brad PItt était même très intéressé par le projet mais la mère de Jeff Buckley finira par dire non après des années de négociations. Amy Berg évoque ensuite l'idée d'un documentaire, elle qui en a réalisé plusieurs dont un sur Janis Joplin qui recevra plusieurs récompenses. Mary Guibert, la maman de Jeff, finit par accepter l'idée et ouvre ses archives personnelles à la réalisatrice.



Après des semaines d'attente fébrile et une bande-annonce prometteuse, le film sort donc le 8 aout dernier, d'abord dans un nombre limité de salles aux US. Le bouche à oreille et les très bonnes critiques font le reste. Appuyé par les fans de la première heure qui attendaient depuis des décennies un hommage digne de ce nom et les jeunes générations qui ont découvert Grace plus tard, le film est largement plébiscité. Les critiques sont quasi-unanimes, ce qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la sortie de l'unique album studio de Jeff Buckley en aout 1994. Quelques jours plus tard, les premières diffusions en salles de cinéma hors US sont annoncées et le Cinéma du Parc à Montréal est sur la liste. Pas besoin de vous dire que j'ai de suite pris un ticket pour le premier jour. Pour y retourner le lendemain. Première fois de ma vie ou je vais voir le même film 2 jours de suite. Et à l'heure ou j'écris ces lignes, alors que le film commence à être disponible sur quelques plateformes numériques, je ne ferme pas la porte à une troisième séance sur grand écran. Rien que pour le plaisir d'écouter sa musique dans un système de son de cinéma.


Car le film, au déroulé chronologique somme toute classique, prend évidemment tout son sens à la lumière des créations musicales de Buckley. Amy Berg choisit de raconter l'histoire de Jeff à travers les témoignages de ses proches et notamment les 3 femmes de sa vie, à savoir sa mère Mary Guibert mais aussi Rebecca Moore (les 2 tombent amoureux quand Jeff débarque à New York en 1991) et Joanne Wasser (qui sera la petite amie de Jeff de 1995 jusqu'à sa disparition en 97). On y retrouve aussi les membres du groupe Michael Tighe (guitare) et Matt Johnson (batterie). Comme Jeff et son groupe ont été en tournée plus de 2 ans (avant d'enchainer sur l'enregistrement du second album), Jeff les considérait comme sa famille. Et cela se ressent dans leurs témoignages. Et comme la vie est une boucle, Ben Harper apparait aussi dans le film. Il y parle entre autre de leur soirée passée ensemble....aux Eurockéennes de Belfort. Le documentaire est très émouvant, parfois drôle. La fin est évidemment très triste mais on ressent aussi de la satisfaction à l'idée que cette personne a traversé et impacté des vies d'une manière si belle et positive. Cela a toujours été le sens que j'ai donné à Grace. Comme un goût d'urgence et de gratitude qui prend encore plus son sens 30 ans plus tard.



Si le film sur Jeff Buckley était devenue une chimère avant de se concrétiser un peu à la surprise générale, le retour d'Oasis était bien plus qu'inespéré. Depuis la dispute devenue légendaire entre Liam et Noel juste avant de monter sur la scène de Rock en Seine à Paris en 2009, personne ou presque ne croyait en la reformation du plus grand groupe de rock des 90s. Les frères Gallagher ont passé 15 ans à s'envoyer des missiles par presse interposée. Même si il est vrai que Liam avait fait plusieurs appels du pied à son grand frère au fil des ans, je pense que même leur mère ne s'imaginait pas qu'un jour ses 2 rejetons partageraient de nouveau la scène. Alors, quand l'été dernier, la nouvelle officielle est tombée avec l'annonce de concerts évènements (au Royaume-Uni puis en Amérique et en Asie), le monde de la musique (et même au-delà) a été secoué. Avec une campagne de communication sobre mais diablement efficace, Oasis a su faire monter la pression jusqu'au 4 juillet dernier à Cardiff, première date de cette tournée de la réconciliation qui finalement met tout le monde d'accord, fans comme détracteurs.


Oasis de retour sur scène après 16 ans de silence
Oasis de retour sur scène après 16 ans de silence

On peut disserter pendant des heures sur le bien-fondé de ces retrouvailles, sur le temps perdu, sur la musique même du groupe. Les gouts et les couleurs, tout ca tout ca. Mais ce qu'on ne peut pas contester, c'est que cette reformation rassemble différentes générations (certains spectateurs n'étaient même pas nés lors de la séparation du groupe et connaissent les chansons par coeur) autour de chansons qui ont traversé 3 décennies. Quand je les ai vu à Belfort en 95, je me souviens d'un groupe qui jouait fort, de chansons puissantes aux allures punk (à ce moment-ci, le groupe n'a pas encore sorti Morning Glory qui va les consacrer sur la scène internationale). Leur premier album en poche, Oasis est déjà en train de construire sa légende et de détruire ses chambres d'hôtels. Ce samedi 8 juillet au soir, toujours sous ce désormais légendaire chapiteau des Eurocks, il fait une chaleur à crever. Pourtant Liam arrive en chemise manches longues boutonnée jusqu'en haut, drapé de l'Union Jack. Si le public transpire, lui ruisselle. Mais peu importe, les Mancuniens sont ici pour faire connaitre leur musique et annoncer la couleur pour les années à venir. Un concert inoubliable qui fait sans doute que j'ai toujours préféré leur premier album Definitely Maybe aux suivants, pourtant tous très bons. Les compositions sont plus brutes, les guitares lourdes et la voix de Liam plus arrogante que jamais.


Oasis - lundi 25 aout 2025
Oasis - lundi 25 aout 2025

Un moment de pur rock n' roll qu'on imagine toujours incomparable. Et pourtant, Oasis, en montant sur la scène du Rogers Stadium à Toronto le 25 aout dernier, a réussi l'exploit d'être encore meilleur que dans mes souvenirs. Au-delà de la scénographie incroyable (jamais vu des écrans aussi géants que ce soir-là), c'est tout le groupe qui semble être à son apogée musicale. Liam chante mieux que jamais. Noel nous rappelle qu'il est un des meilleurs compositeurs de sa génération. Oasis nous fait embarquer dans son gros sous-marin dès l'arrivée sur scène pour ne remonter à la surface qu'à la toute fin du feu d'artifice sur Champagne Supernova, le morceau de clôture. Pendant ces 2 heures, pas de chorégraphie. Pas de long monologue. Juste une bonne vingtaine de chansons plus entrainantes les unes que les autres. On passe de moments totalement électrisants comme avec Supersonic, Bring in it down (je redécouvre presque ce morceau qui me met les poils à chaque écoute) ou le sautillant Cigarettes and Alcohol à des moments plus calmes mais non moins rassembleurs comme les inévitables Wonderwall ou Don't look back in anger. Les titres épiques comme Live Forever ou Slide Away nous font sentir éternels pour quelques instants. Ne vous méprenez pas. Le retour d'Oasis ce n'est pas juste de la nostalgie. C'est aussi et surtout la consécration d'un groupe que certains ont parfois singé ou moqué mais qui est plus que jamais pertinent et que tout le monde veut voir aujourd'hui. J'ai eu la chance de voir beaucoup de concerts en 30 ans mais celui-ci restera peut-être le plus intense au niveau de la communion entre l'artiste et le public. Ces concerts des frères Gallagher enfin réconciliés sont peut-être l'évènement réconfortant dont le monde avait besoin. On pouvait sentir l'excitation et le bonheur des gens venus des 4 coins du monde pour ce show. Un sentiment assez difficilement inexplicable, ce qui rend le moment encore plus unique et exclusif.


Trente ans plus tard, sans l’avoir prémédité, tout s’est rejoué. En l’espace de quelques semaines, le passé est revenu frapper à la porte. Ce n’était pas juste une série de concerts et d'évènements. C’était une boucle. Une réminiscence. Une célébration de ce que seule la musique peut faire : traverser les décennies, relier les souvenirs et nous rappeler qui nous étions… et qui nous sommes devenus.



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